Attention sclérose en plaques !

 

La politique (vaccinale) de l'autruche

 

Début novembre, une deuxième réunion sur la vaccination contre l'hépatite B et la sclérose en plaques aboutissait à recommander à nouveau de vacciner tous les jeunes enfants. En dépit de récentes études inquiétantes.

Le 9 novembre dernier; trois institutions(1) jugeaient bon d'organiser une audition publique sur la vaccination contre l'hépatite B.

Un an plus tôt, une réunion de consensus avait pourtant abouti à la recommandation forte de vacciner tous les nourrissons, les personnes à risque et de pratiquer un rattrapage de la vaccination chez les enfants et les adolescents. À l'origine de cette nouvelle journée, la parution en septembre d'une étude épidémiologique faisant état d'un triplement du risque de sclérose en plaques chez les adultes vaccinés contre l'hépatite B (QC n° 420, p. 7 – QUE CHOISIR n° 420, p.7).

Études troublantes

Après l'analyse de cette étude, qualifiée de ' très robuste' par le Pr Bernard Bégaud, professeur de pharmaco-épidémiologie à Bordeaux, d'autres travaux ont été présentés. Le Pr Marc Tardieu, spécialiste de neuropédiatrie à l'hôpital du Kremlin-Bicêtre (94) a montré les résultats préliminaires d'une étude sur les encéphalomyélites(2) et les scléroses en plaques chez les enfants de moins de seize ans.

II a comptabilisé toutes les affections répertoriées depuis 1990 dans la plupart des centres spécialisés, soit environ 80% des cas sur toute la France. ' Parmi les enfants atteints de sclérose en plaques, déclare-t-il, il y a une petite différence entre ceux qui ont été vaccinés contre l'hépatite B et les autres.'

Mais, avant d'incriminer définitivement le vaccin, il lui reste à faire certaines vérifications. Quelles qu'en soient les conclusions, ce travail devrait en tout cas mettre fin définitivement aux fausses affirmations maintes fois répétées selon lesquelles il n'y a pas d'affection démyélinisante chez les enfants vaccinés.

Sur les 472 enfants étudiés présentant une telle pathologie (vaccinés ou non vaccinés), 5 % ont moins d'un an, 17,5 % entre deux et quatre ans et 19% entre cinq et neuf ans. Rappelons qu'au milieu des années 90, trente millions de personnes se sont fait vacciner. La deuxième étude, présentée par le Dr Alain Weill, médecin-conseil à la caisse nationale d'assurance maladie, montre également une progression régulière des scléroses en plaques déclarées en affections de longue durée (ALD). Stable jusqu'en 1995, leur nombre augmente ensuite de 4,4% en moyenne par an pour atteindre 4327 cas en 2002. Pour le Dr Weill, deux hypothèses pourraient expliquer cette envolée : soit une augmentation des déclarations liées à une amélioration du diagnostic et à l'introduction d'un traitement coûteux (Interféron bêta) ; soit une augmentation du nombre de scléroses en plaques.

Ces nouvelles données justifiaient l'application du principe de précaution. II n'en est rien. Les recommandations restent les mêmes qu'en 2003. En sait-on plus aujourd'hui? Sur les risques, assurément. Mais sur les bénéfices, le doute subsiste. On n'a actuellement aucune certitude que les adultes ayant été vaccinés lorsqu'ils étaient nourrissons seront bien protégés de la maladie. En définitive, si l'on sait que la vaccination comporte des risques, on n'est pas sûr qu'elle protège lorsque le risque de contamination existe.

Une autre voie, suivie par des pays semblables à la France, serait pourtant possible: individualiser le geste vaccinaI et se concentrer sur les groupes à risque. Mais, les pouvoirs publics sont-ils suffisamment indépendants des laboratoires pharmaceutiques pour pouvoir changer leur politique ?

Catherine Sokolsky

(1) Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps).

Agence nationale d'accréditation et d'évaluation en santé (Anaes).

Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

(2) Inflammation du système nerveux central, qui, à la différence de la sclérose en plaques, ne récidive pas.

QueChoisir422- janvier2005 p : 35

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